lundi 28 février 2011

Premiers jours à Florence


Comme nous sommes ici pour plus de deux mois, nous essayons d’adopter un rythme ralenti, histoire de ne pas nous épuiser inutilement et aussi de nous garder des choses à voir pour tout le temps de notre séjour. Nous faisons ainsi une demi-journée de visite par jour, parfois même un jour sur deux. C’est un privilège de pouvoir ainsi vivre une vie quotidienne dans une ville où généralement les touristes s’épuisent à en voir le plus possible, le plus vite possible.

Notre appartement

Julien Gracq, dans son livre sur Rome et sur l’Italie (Autour des sept collines), compare les villes toscanes à des poings serrés. La métaphore est très juste pour Florence : les bâtiments y sont si tassés que le centre historique se parcourt rapidement (disons vingt minutes à pied du nord au sud et de l’est à l’ouest), mais que chaque artère offre des tours médiévales, des églises gothiques et des palazzi renaissants, tous magnifiques. Sans compter les boutiques de vêtements griffés, de gants, de bottes, de porcelaines, de papier artisanal, etc., dont les vitrines exercent un attrait presque invincible. C’est un urbanisme auquel on n’est pas habitué en Amérique ; et même, personnellement, nous avons vu peu de villes en Europe où les bâtiments étaient aussi serrés les uns sur les autres, au point que la lumière du jour rejoint difficilement les rues et n’entre à peu près jamais dans notre appartement (nous sommes au premier étage). Et les bruits résonnent beaucoup dans ces rues à peine plus larges qu’un salon : conversations, orchestre de jazz, chariots des vendeurs de ceintures et de foulards arrivant du marché.

 Nous avons eu le temps de voir quelques sites touristiques à Florence. Celui que nous connaissons le mieux est le Ponte Vecchio, que nous traversons chaque jour pour aller faire les courses. C’est le seul pont de Florence n’ayant pas été détruit par les troupes allemandes durant la Seconde Guerre. Depuis le 16e siècle, les bouchers (qui utilisaient l’Arno qui coule en dessous comme égout à ciel ouvert) ont été remplacés par des joailliers, toujours présents. C’est hors de prix, mais agréable à regarder. Orian et Viviane aiment toujours s’arrêter au milieu du pont et regarder le paysage, d’un côté ou de l’autre : le fleuve avec les vieux bâtiments de chaque côté.

Vue du Ponte Vecchio

Nous sommes allés quelques fois sur la piazza del Duomo, la place devant la cathédrale. Trois bâtiments s’y trouvent : la cathédrale elle-même, le Baptistère en face, et le Campanile à côté. Tous datent en gros de la même époque (13e-14e siècles) et se caractérisent par un style décoratif très particulier, le style roman florentin : une sorte de marqueterie de motifs géométriques en marbre tricolore (blanc, vert et rose). Style un peu déstabilisant au premier coup d’œil, mais très attachant passé le premier choc. Nous avons monté l’escalier du Campanile (414 marches), au sommet duquel on a une vue splendide sur la ville et sur l’immense coupole de la cathédrale, juste à côté. L’intérieur du Baptistère, bâtiment de forme octogonale, est remarquable pour ses mosaïques de style byzantin : figures hiératiques sur fond or.

Vue de la cathédrale depuis le Campanile


Coupole du Baptistère

L’autre place que nous aimons est la piazza della Signoria, à quelques coins de rue de la cathédrale. Elle est vaste (c’est d’ailleurs l’un des endroits de Florence où il est le plus facile de prendre du soleil) et sert de lieu de rassemblement pour la population de Florence depuis le Moyen Âge. On y trouve une grande loggia (sorte de salle ouverte sur l’extérieur, dont les murs sont remplacés par des arches posées sur des colonnes) remplie de statues, la plupart antiques. Elle constitue un magnifique musée à aire ouverte, où l’on peut déambuler en mangeant sa crème glacée. On peut y voir entre autres deux statues de la Renaissance, l’une très énergique de Giambologna représentant le combat d’Hercule contre un centaure et l’autre triomphante de Benvenuto Cellini représentant Persée qui brandit la tête de Méduse, dégoulinante de sang figé en bronze. Orian et Viviane en ont plus qu’assez de « voir des bizounes », comme ils disent.

Loggia della Signoria


Persée (Benvenuto Cellini)


Hercule et le Centaure (Giambologna)


Sur la piazza della Signoria se trouve le Palazzo Vecchio, hôtel de ville au Moyen Âge, devenu palais familial sous les Médicis. L’édifice est trapu, une sorte de gros cube fortifié, surmonté d’une tour étroite. C’est l’un des musées marquants de Florence. On y trouve quantité de salles, certaines immenses, toutes très richement décorées. L’une des pièces les plus remarquables est la petite chapelle d’Éléonore de Tolède (épouse de Cosme 1er de Médicis), contenant des fresques de Bronzino, peintre maniériste (fin du 16e siècle) remarquable pour la grâce de ses personnages et son choix de couleurs (souvent claires, comme des roses ou des verts acides).


Orian et Viviane devant le Palazzo Vecchio (Orian trouvait que ça sentait mauvais)


mardi 22 février 2011

Florence, notre appartement

Notre appartement, bien que petit (il ne comporte que 3 pièces et demi), est plutôt luxueux. Ce qui lui donne cet air cossu, ce sont les hauts plafonds en bois massif, les arches dans le couloir et le sol en céramique. Il est assez peu pratique sur le plan domestique: la salle de bains est microscopique, la douche est étroite, et la cuisine est pour le moins sommaire… Le frigo est même dans un placard, dont la porte est magnifique, il est vrai, toute en bois ouvragé. Nous avons beaucoup d’espace, en hauteur. Au moins 12 pieds, néanmoins ce n’est pas des plus pratiques pour ranger des provisions, puisqu’il n’y a ni tablettes ni armoires. Les odeurs sont étonnantes, l’appartement sent comme une vieille église de pierre ; j’imagine que le fait que ce soit un bâtiment du XIVe siècle y est pour quelque chose. Et l’eau, quand on la fait couler, sent le chlore. On prend une douche, et tout l’appartement sent la piscine olympique. Vraiment curieux. Bon, loin de nous l’idée de nous plaindre. Ici, c’est le printemps, pratiquement. Il fait autour de 15 degrés l’après-midi et on a eu plusieurs jours ensoleillés.
Notre routine est simple. Nous nous levons entre 8 et 9 heures, puis nous faisons la classe aux enfants. David s’occupe d’Orian et Marie-Ève, de Viviane. Les enfants apprécient d’avoir un professeur privé, ils trouvent cela plus amusant et plus rapide (pas besoin d’entendre les consignes dix fois). Ils travaillent bien tous les deux et ne rouspètent pas du tout. Nous en sommes heureux. Ils semblent avoir conscience de la situation exceptionnelle dans laquelle ils se trouvent et veulent remplir leur part de contrat, c’est-à-dire de bien travailler plutôt que d’être à la maison et à l’école comme les autres enfants. Puis, l’après-midi, nous décidons ensemble de notre expédition quotidienne.
Par exemple, il y a quelques jours, Orian voulait que nous allions voir le Palazzo Vecchio et vantait à Viviane la possibilité qu’elle aurait de voir de l’art moderne, puisque Damien Hirst y exposait. Évidemment, c’est nous qui lui avions dit que c’était un artiste contemporain. Ils sont venus sagement et ont observé avec attention le crâne serti de diamants, qui était l’unique œuvre exposée de l’artiste et qu’on devait payer 4 euros pour voir, derrière des rideaux sombres. Curieuse coïncidence, Marie-Ève était en train de lire le dernier Houellebecq qui s’ouvre sur un personnage de peintre tentant de faire une toile sur Jeff Koons et Damien Hirst se séparant le marché de l’art.
Après les visites quotidiennes, nous allons prendre une collation, le plus souvent une crème glacée, parce qu’elles sont trop bonnes. Puis, nous rentrons, allons acheter des provisions et faisons le repas avant que les enfants ne regardent des épisodes des Simpsons que nous avons eu la bonne idée d’amener, parce que la télé italienne est mortellement plate.

Message de Viviane à sa classe

Chère classe et chère Isabelle,
 L’Italie, c’est le fun au bout ! C’est rempli d’art, de délicieux mets et de chiens!!! J (On en voit plein). De tous les endroits que j’ai visités dans le monde (comme New York, la France, la Floride, etc., etc.), c’est le plus beau. Passons aux choses sérieuses : je suis à Florence dans un coin tout à fait charmant. Sur la première rue à droite, il y a un marchand de glaces sur bâtons. Notre appartement est super chouette (celui de Rome aussi était cool). Je finis ma lettre que j’ai amoureusement faite pour vous en vous disant : bonne  semaine de relâche!!!!!! J
P.S. : J’espère que les examens n’étaient pas trop durs! J                                          

Chat qui dort au Colisée de Rome


Chien qui dort à Pompéi


Corps pétrifié et amphores à Pompéi


Des oeuvres d'art (des bustes) au Palazzo Vecchio de Florence


Message d'Orian à sa classe


Chers amis de la classe de Geneviève,  j’espère  que vous vous amusez bien. Moi, oui. Pour commencer, le jour du départ  (le 6 février), nous avons pris l’avion pour Zurich. Le vol a duré 7 heures. Puis nous sommes partis pour Rome. Le vol a duré 1 heure 10.  Le soir, nous sommes allés  voir la place St-Pierre de Rome. Le lendemain, on y est retournés et on est allés à la basilique du même saint. Comme sur la carte postale que vous allez recevoir en anglais. À propos, vous saluerez Chantal, Manon et Mario pour moi. Bref, les jours suivants, nous avons vu le Colisée de Rome, les collines de Rome,  le Panthéon, etc. On a aussi vu Pompéi, je vous envoie d’ailleurs  une photo de ça (Philipe ne devrait peut-être ne pas la voir à cause de sa petite maladie). Pour le moment, nous sommes à Florence.  J’espère que vous profiterez de votre semaine de relâche. Je vous souhaite aussi de joyeuses Pâques. Au mois de mai. ORIAN 


Basilique St-Pierre de Rome au Vatican



Orian au Colisée de Rome




Corps pétrifié à Pompéi


Vue de Florence

jeudi 17 février 2011

Excursion à Pompéi

Difficile d’être en Italie sans désirer visiter Pompéi. Le site est un peu loin de Rome, nous y sommes allés en train ; un voyage long et fatigant, mais les enfants se sont très bien comportés. Une affiche à l’entrée des lieux présente le projet (C)Ave Canem. On explique que, les chiens étant depuis l’Antiquité les bienvenus dans Pompéi, un projet a été mis sur pied pour répertorier tous les chiens errants qui vivent aujourd’hui sur le site et pour leur donner des soins. Il est vrai que nous en avons vu plusieurs, qui se promènent parmi les ruines comme s’ils étaient chez eux, sans faire beaucoup attention aux touristes, à part, bien sûr, ceux qui avaient de la crème glacée.
Très peu de bâtiments dans Pompéi ont un intérêt en eux-mêmes. C’est surtout le site entier qui est impressionnant : une ville au complet, avec ses édifices anonymes, ses rues, ses quartiers. On pourrait facilement y passer une journée complète. Nous pensions trouver partout les célèbres corps minéralisés, mais il y en a peu. Ils sont conservés derrière des grilles, parfois dans des présentoirs de vitre, avec d’autres artefacts (surtout des amphores). Nous avons pu entrer dans des thermes, très bien conservés (grands bassins, mosaïque au plancher, même des casiers décorés où les habitant rangeaient leurs affaires), et dans le lupanar, tout petit, où des fresques miniatures suggestives ornent le couloir et où cinq ou six cagibis contiennent chacun un simple lit de pierre.




Les centres d’intérêt historiques

En raison de son histoire, Rome offre des monuments de toutes les époques. On les trouve pêle-mêle, entassés dans les mêmes quartiers au fil des siècles. Ainsi, en dix minutes de marche, impossible de prévoir si on tombera sur une ruine romaine, sur une piazza (petite place) conçue par Michel-Ange, sur un palazzo (petit palais urbain) de la Renaissance ou sur une église baroque. C’est l’un de plaisirs de Rome, de se promener au hasard et de faire des découvertes.
Les ruines antiques sont ce qu’il y a de moins intéressant. En tout cas, elles sont ce qu’il y a de plus difficile à apprécier. Il ne reste souvent pas grand-chose : quelques colonnes encore debout ou un mur de briques rouges à moitié effondré, sans panneau pour nous expliquer ce que c’est. Même le guide touristique (le livre, pas la personne) ne nous aide pas beaucoup. Il n’y a que le Colisée qui est impressionnant, tellement il est… colossal ! Et Viviane a beaucoup aimé notre promenade sur le Capitole, l’une des sept collines de Rome, où vivaient les patriciens dans l’Antiquité : c’est maintenant une sorte de parc avec d’élégants cyprès et pins parasols, où il est très agréable de se balader, surtout quand le soleil brille.
Orian, pour sa part, a aimé le Vatican. La basilique St-Pierre est gigantesque et remplie d’œuvres d’art. On y trouve, à l’entrée, la Pietà de Michel-Ange et, au centre, le baldaquin de St-Pierre conçu par le Bernin, un monument baroque haut de 30 mètres, mais qui n’a même pas l’air si grand que ça, comparé au reste de l’édifice. Dans les musées du Vatican, de beaux bâtiments ocre, on trouve une immense quantité de sculptures antiques, certaines très célèbres (le Laocoon, l’Apollon du Belvédère). Mais il y en a tellement qu’on se sent presque submergé, et il est difficile d’apprécier chacune individuellement. La visite de la Chapelle Sixtine, à la fin, a fait dire à Viviane qu’elle commençait à en avoir assez de voir « des gros monsieurs tout nus », et a fait déclarer à Orian qu’il avait vu assez de pénis pour le reste du voyage…






L’appartement

Nous avons loué un petit studio (un trois et demi pour être précis) à proximité du Vatican. L’avantage de ne pas vivre à l’hôtel, c’est que l’on peut avoir la sensation de mener la vie d’authentiques citadins. En fait, il est certain que nous y parviendrions si nous restions là quelques semaines. Le premier obstacle est notre maîtrise approximative (soyons honnêtes : insuffisante) de langue. Le second est la méconnaissance des habitudes des locaux.  Par contre, les commodités de l’appartement nous dictent certaines règles. Par exemple, nous ne pouvons faire des réserves, étant donné le manque d’espace. Quiconque connaît Marie-Ève et son proverbial sens de la provision, qu’elle tient de sa mère, sait qu’elle est une ménagère prévoyante… Notre femme de ménage, Hélène, a pour son dire que nous résisterions sans mal à une attaque nucléaire, tellement nous avons de ravitaillement. 
Le logement est spacieux parce qu’il a de hauts plafonds, et il est décoré avec un certain goût, bien que dans un style minimaliste. Il y a un mur peint par pièce, toujours dans des couleurs franches : vert pour la cuisine, orange pour la chambre des enfants et bleu profond pour la chambre des maîtres. Le tout doit apparaître exigu pour qui y vit à l’année. Bien entendu, pendant la saison chaude, on peut toujours se prélasser sur la terrasse. Malheureusement, avec des 15 degrés Celsius, nous en avons peu profité. Il fait beaucoup plus chaud qu’au Canada, c’est certain, mais ce n’est pas encore tout à fait le printemps.

La ville de Rome

Nous n’avions pas accès à Internet à Rome, c’est pourquoi nous n’avons affiché aucun message. Mais voici à quoi a ressemblé notre première semaine en Italie.
La ville de Rome est un peu décevante. En tout cas, elle n’est pas à la hauteur de tout ce que suggère son nom : la puissance de l’Empire romain, la gloire des papes… Dans l’ensemble, c’est une grande ville européenne assez ordinaire. Avec quelques traits distinctifs, bien sûr : les façades des édifices sont souvent surprenantes, avec leurs balcons fleuris et leurs éléments de décor architectural (petits frontons au-dessus des fenêtres, moulages de visages angéliques ou monstrueux accrochés aux murs, etc.). Et, à force de nous promener, nous avons fini par développer quelques habitudes qui ont fait que nous nous sommes attachés à la ville. En fait, des habitudes alimentaires : nous asseoir au dîner dans un petit resto pour prendre une pizza al taglio (tranche de pizza rectangulaire, parfois carrément découpée aux ciseaux, simple mais toujours savoureuse) et, au goûter, prendre un cappuccino (pour les parents) ou une crème glacée (pour les parents et les enfants). Ici, on est tellement soucieux de la fraîcheur de la nourriture que les menus précisent si certains des plats servis ont d’abord été surgelés.
Tout de même, nous avons l’impression d’habiter deux temps historiques différents : aujourd’hui et l’Antiquité. Les deux périodes coexistent, mais en strates, et hier est généralement enfoncé sous la terre, aujourd’hui se trouvant à la surface. On se demande si les Romains actuels ont la même perception du temps qui passe que nous, Nord-Américains, habitués de l’instantané.

On s’imagine souvent à l'avance les lieux que l’on va visiter, les peuples que l’on va rencontrer. La réalité est toujours beaucoup plus complexe, d’abord parce que les gens ont une individualité propre et ne sont pas le simple résultat de leur appartenance sociale et nationale. Néanmoins, on peut percevoir des caractéristiques générales auxquelles répondent la majorité des membres d’une nation. On dira, par exemple, que les Québécois craignent la chicane et la dispute au point de refuser de débattre et d’argumenter. De même, ce sont des gens simples et directs. Nous nous représentions les Italiens comme des gens bruyants, colorés, expressifs.  Pour l’instant, l’image que nous en avons, ce sont des gens sérieux, affairés et directs. Ils ne ressemblent que peu aux Italiens montréalais, finalement. Même le professeur d’italien de Marie-Ève était plus original, avait une personnalité débordante.