Avertissement : cette entrée de blogue contient des lourdeurs qui pourraient ne pas convenir à tous les publics… En italique, vous trouverez les passages se rapportant à l’histoire de la famille Médicis. Nous voulions vous transmettre l’aspect monumental de l’héritage des descendants de Giovanni di Bicci. Si cela vous assomme, sautez par-dessus. Nous aurons passé une partie de notre voyage à étudier l’histoire, la peinture et un peu d’architecture, avec l’impression d’en savoir si peu et le besoin d’en apprendre davantage.
Quand on visite Florence, on rencontre souvent les mêmes armoiries : une boule bleue et cinq boules rouges disposées en cercle sur un blason. C’est l’emblème de la plus importante famille florentine. On le trouve sur des frontons d’églises, sur des tombeaux, sur le pavement des « piazza », sur des sculptures, dans des tableaux, sur des fresques et sur certaines façades de ces palais urbains (ou hôtels particuliers, comme on dit en France) que l’on appelle ici « palazzo » ; on peut en compter trois plus significatifs pour la ville et pour la famille : les Palazzo Medici, Vecchio et Pitti.
Les Médicis ont fait fortune dans la banque, c’étaient des bourgeois. Catherine de Médicis, nièce d’un pape et arrière-petite-fille de Laurent le Magnifique, passe pour une parvenue quand elle arrive en France pour épouser Henri II, lequel n’est, après tout, que le futur roi de France ! C’est dire à quel point la noblesse est encore importante pour les Européens du XVIe siècle, même si dans les faits, déjà, les classes considérées inférieures prennent de l’importance, en autant qu’elles aient de l’argent, bien sûr. Justement, de la fortune, les Médicis en ont grâce à leur ancêtre Giovanni di Bicci et à son fils Cosme l’Ancien, le premier à porter le nom de « Medici ». Ce dernier a besoin d’une maison qui fasse honneur à son opulence et aussi à son rôle politique (Florence est une république à l’époque, mais Cosme l’Ancien tire déjà toutes les ficelles).
Cosme l’Ancien se fait bâtir un palais luxueux (mais pas exagérément) par l’architecte Michelozzo sur la via Larga, qu’on nomme aujourd’hui via Cavour. C’est le Palazzo Medici, aussi appelé Palazzo Riccardi, du nom de la famille qui l’a racheté plus tard. Auparavant, on construisait des maisons-tours pour se protéger (comme on en voit encore à San Gimignano, par exemple). Cosme l’Ancien va lancer une nouvelle mode, et tous les palais des 15e et 16e siècles ressembleront à ce modèle : une maison plus large que haute, avec de grandes fenêtres à partir du deuxième étage et de petites au premier (moins dangereux en cas d’attaque) ainsi que des toits élégants en saillie au lieu de créneaux moyenâgeux. Certains des meilleurs artistes travaillent à la décoration du Palazzo Medici, pour le bénéfice de Cosme et de ses descendants. L’intérieur, on peut s’y attendre, est magnifique, entre autres une petite chapelle avec des fresques, que l’on appelle la chapelle des Mages. L’artiste est Bennozzo Gozzoli, il a reproduit les membres de la famille, dont le jeune Laurent. Dans ces fresques, le dessin est d’une grande délicatesse, les scènes sont très vivantes et animées, les couleurs sont chatoyantes. Ces peintures murales sont parmi les plus belles que nous ayons vues à Florence.
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| Fresque de la chapelle des Mages (une partie seulement) au Palazzo Medici |
Nous ne vous ferons pas un cours d’art en vous expliquant l’évolution des fresques, à partir de la perspective intuitive jusqu’à la perspective « scientifique », ni en vous faisant remarquer, dans les fresques de la chapelle des Mages, les références orientales dans les chapeaux de certains personnages, ni en vous disant que les dorures sur les manteaux sont un trait d’imagination nouveau… Chaque peinture est un univers à explorer, avec sa dimension symbolique, et historique, et picturale, etc. Il y a même des procédés chimiques en jeu, selon que l’on peint sur la chaux ou non. Pour des gens qui veulent se cultiver, Florence est extraordinaire. Bon, c’est certain que l’on peut aussi traverser la ville une glace à la main en regardant les boutiques. En passant, nous vous conseillons de ne pas prendre la saveur « Buontalenti » : le nom est original (c’est celui d’un peintre et architecte qui a par ailleurs inventé un procédé de réfrigération pour faire la « gelato »), mais la saveur est plate, c’est juste une glace à la vanille.
Mais revenons à nos Médicis. Quand ils se sentent à l’étroit dans leur demeure, après quelques générations, ils s’installent au Palazzo della Signoria, qui sert théoriquement aux réunions du gouvernement républicain… Pour compliquer les choses, le deuxième Cosme de la famille, celui qui emménage au Palazzo della Signoria, sera Cosme 1er. Quelques générations ont passé, peuplées de querelles de succession, de trahisons, de conjurations. Les Médicis règnent depuis quelque temps, mais n’ont pas de titre officiel. Après une crise, un petit jeune homme de dix-huit ans, nommé Cosme, offre aux têtes dirigeantes de la ville de régler leurs problèmes en prenant le titre de duc, que le pape se prépare à lui donner de toute façon ; il remettra les rênes du pouvoir dès que l’ordre sera réinstauré. Évidemment, une fois en possession du pouvoir, il le garde. Voilà comment le deuxième Cosme de Médicis devient Cosme 1er. Et il s’installe à demeure au Palazzo della Signoria. Pour montrer son pouvoir, notre ami Cosme fait faire de lui un portrait où il figure comme un dieu (au plafond de la plus grande salle du palais), une sculpture où il est représenté comme Poséidon et une statue équestre en bronze (toutes deux sur la place devant le palais). Il épouse une femme magnifique qui se nomme Éléonore. Il faut voir comment elle a fait décorer sa chapelle privée, une autre fresque complètement hallucinante, dans un style maniériste. C’est un genre que David a découvert ici et qu’il aime de plus en plus. Ils ont huit enfants (ici nous parlons d’Éléonore et de Cosme, et non de David et Marie-Ève), alors le palais devient trop petit…
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| Chapelle d'Éléonore de Tolède au Palazzo Vecchio |
Qu’importe, on achète une nouvelle demeure de l’autre côté de l’Arno et on fait construire une galerie longue d’un kilomètre, qui mène des Offices au nouveau palais. L’ancien palais, abandonné, prend le nom de « Palazzo Vecchio » (Palais Vieux), qu’il porte encore. La galerie, elle, se nomme « corridor Vasari », du nom de son architecte. Il y aurait eu deux raisons à sa construction : Cosme n’aimait pas l’odeur du Ponte Vecchio, alors occupé par des bouchers, et il ne voulait pas se mêler à la foule, étant donné les risques d’assassinat. L’histoire de cette famille n’est qu’une suite d’attentats et de tentatives d’empoisonnement. Le Palazzo Pitti est donc la dernière demeure de cette famille. Il a été racheté à des descendants de la famille Pitti qui avait été ruinée par Pierre le Goutteux, père de Laurent le Magnifique, près d’un siècle plus tôt. Le Pitti en question voulait attenter à la vie de Pierre, ainsi il l’a payé cher, littéralement. Au Palazzo Pitti, on peut aujourd’hui visiter la galerie Palatine : des tableaux de grands peintres placés d’un bout à l’autre des pièces, à côté de peintures moins importantes et de portraits de membres de la famille, dont certains assez laids, merci. Viviane et sa maman trouvent Jean-Gaston très moche. Mais tous ces tableaux ! En plus, les pièces sont arrangées comme à l’époque, si bien qu’on peut avoir une idée de la manière dont vivait la famille. Orian est fasciné par tous ces palais, au point qu’il ne s’est pas fait prier pour retourner une deuxième fois dans chacun d’eux.
Cent cinquante ans après le déménagement au Palazzo Pitti, la dernière des Médicis, Anne-Marie Louise, va réunir les trésors artistiques de la famille (des Michel-Ange, des Botticelli, des Lippi, des Pontormo, bref tous les artistes italiens importants des trois siècles de l’essor des Médicis) et va léguer le tout à la ville de Florence, la faisant de cette manière la première ville-musée mondiale. Les plus belles œuvres sont exposées aux Offices, qui étaient les bureaux du grand-duc Cosme 1er. Mais malheureusement, on n’y trouve aucune fresque.


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