mercredi 27 avril 2011

Lucca

Cette ville a été élue, par la BBC et l’éditeur Lonely Planet, l’endroit le plus intéressant à visiter au monde pendant le printemps 2011 (parce que maintenant les tendances voyage sont saisonnières, et oubliez Paris, c’est tellement cliché !). Il faut admettre que Lucca est une ville ravissante, même si elle n’est pas aussi riche que Florence en monuments historiques… La cité est entourée de fortifications et, au 19e siècle, les citoyens ont eu l’idée d’en transformer le sommet en jardins. Donc, il y a une muraille verte – de l’écologie bien avant l’heure – qui enserre la partie médiévale de Lucca. Comme notre demeure des dernières semaines est Florence, dont l’un des défauts est la quasi-absence de parcs et d’espaces verts, nous avons été conquis. Il y a bien un danger : aucune barrière n’est érigée, et les fortifications sont hautes de plusieurs mètres. Il est étonnant que personne ne soit tombé ; c’est d’ailleurs ce qui est arrivé au Fort du Belvédère à Florence, quelqu’un est tombé et s’est tué. Depuis, il est fermé et on ne peut le visiter, au grand désarroi de notre fils qui désirait tant y aller.
Viviane s'amuse dans un parc au pied des fortifications

À ce temps-ci de l’année, Lucca n’est pas encore trop touristique. Le jour où nous y sommes allés, il y avait une sorte de foire de brocante. Partout, sur les nombreuses places, on pouvait voir d’anciens tableaux, des candélabres, des meubles, de l’argenterie, bref toutes sortes d’antiquités. Nous étions loin du marché aux puces de Sainte-Foy ; en effet, ce ne sont pas des quétaineries que l’on a vues. Au contraire, il y avait beaucoup de très beaux objets de qualité. Bien sûr, nous aurions aimé en acheter, mais un fauteuil de velours brodé et une table en acajou entrent difficilement dans un bagage à main. C’est dans ces moments que la différence entre le Québec et l’Europe est le plus frappante pour Marie-Ève : même les objets usuels sont raffinés. Que les Médicis aient des fresques peintes dans leurs demeures, soit. C’étaient des princes, après tout. Mais que l’on soit condamnés chez nous à la mélamine blanche tandis qu’un quidam ici peut s’acheter une table de chevet avec des incrustations de nacre, grrr !
Jouet ancien en vente à la brocante (avec un livre en français !)
Les périodes historiques se mélangent harmonieusement à Lucca. Par exemple, on trouve une piazza construite sur le site de l’ancien amphithéâtre romain. Eh bien, la place est complètement circulaire, car on a récupéré les pierres et les briques de l’édifice antique pour bâtir les maisons. On trouve aussi à Lucca des maisons-tours du Moyen Âge, comme la maison Guinigi, que l'on peut visiter si on a le courage de monter l’escalier. Rendu au sommet de la tour, on s’aperçoit que des arbres y ont été plantés. Même les tendances contemporaines se fondent dans cet ensemble harmonieux : sous une arche antique, on a installé un magasin à l’éclairage rose fluo où l’on vend des accessoires pour chien. Ce qui rend cette ville si intéressante est l’équilibre de l’ensemble, le nouveau contrebalance l’ancien.
Orian en haut de la tour de la maison Guinigi
Les plus belles églises de Lucca (San Michele in Foro et la cathédrale dédiée à saint Martin) appartiennent à l’architecture romane, dans le même style que la cathédrale de Pise. C’est-à-dire que les façades sont parées de galeries d’arcades, ce qui est très original. De plus, on y trouve des motifs géométriques en marbre coloré et des chapiteaux sculptés, tous différents les uns des autres. Les églises romanes regorgent de détails qu’il faut prendre le temps d’observer.

Façade de l'église San Michele in Foro

Détail de la façade de la cathédrale San Martino

Finalement, le petit musée municipal est tout à fait intéressant. C’est un palazzo qui a appartenu à des proches des Médicis de nous ne savons plus quelle époque, c’est à devenir fou à cause de cette famille, ils sont omniprésents. Il y a deux portraits d’enfants Médicis, justement, admirablement réussis, par Bronzino. Ce ne sont pas des adultes miniatures comme on peut souvent en voir dans les tableaux d’époque, mais de véritables enfants comme on se les représente aujourd’hui. Plus tard, ce palazzo a appartenu à la sœur de Napoléon. On peut donc y admirer une décoration de type Empire et même une pièce de style égyptien (devenu à la mode après les conquêtes du petit caporal au Moyen-Orient). Encore une fois, les deux périodes coexistent harmonieusement : les salles influencées par les Médicis ont gardé leur caractère et semblent avoir été soigneusement préservées par les précédents occupants alors que la décoration Empire, avec ses références mythologiques appuyées, s’intègre parfaitement au reste.
Nous avons soupé dans un restaurant familial, où la patronne nous a donné une autre preuve que les enfants sont bien accueillis ici. Une fois son repas fini, Viviane était allée jouer dehors. Nous regardant à travers la vitre, elle a fait un rond de buée dessus et elle s’apprêtait à y dessiner quelque chose. Nous lui avons tout de suite crié : « Non ! Non ! ». Mais la patronne a crié : « Oui ! Oui ! » Et elle a rajouté : « Ce n’est pas grave, nous nettoyons la vitre demain, alors… »
Clair de lune à Lucca

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